« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, la Fac en ce temps-là qui nous servait de nid accueillait une nouvelle portée d’étudiants destinés à pratiquer  » le droit du numérique « . À l’orée de l’an 2000, trente garçons et filles, comme autant de défricheurs, se préparaient à relever les défis que la « révolution Internet » posait déjà au droit. Il faut admettre que bien peu d’entre nous disposaient d’une connexion. Et toute honte bue, c’était encore par le biais du minitel que nous échangions pour certains. Il y avait bien l’ordinateur
du labo avec son modem (très) bas débit, dont le processeur Pentium et la carte graphique permettaient tout de même d’afficher une page web en moins de 5 minutes. Quelle prouesse ! Sans parler du téléphone mobile encore si peu accessible. L’année fut assez riche et dense pour satisfaire les plus grands appétits : du droit de reproduction sur les réseaux, de la responsabilité des liens hypertextes, de la protection des langages informatiques ou des « disques zip », du « bogue de l’an 2000 » tant redouté, de la transposition de la directive sur les données personnelles qui se fera attendre, du vol d’information et de la brevetabilité du génome parmi tant d’autres thèmes de réflexion. Elle fut tout aussi riche d’amitiés qui ont surmonté l’épreuve du temps et s’expriment encore aujourd’hui avec la même intensité, de fêtes et d’échanges, de complicité et d?entraide.
Que sont mes amis devenus ? Du barreau à l’enseignement et à la recherche, des grandes directions juridiques aux sociétés d’auteurs, ce sont ces juristes de la société de l’information qui, inlassablement et avec une passion demeurée intacte, sans cesse sur le métier remettent l’ouvrage. »

David Forest